Photo Un corps à soi
© Francesca Woodman
THÉÂTRE - CRÉATION
  • Thu 5 May 18h00

UN CORPS À SOI

La pièce commence dans le cabinet du gynécologue. Une femme consulte parce qu’elle perd du sang en continu. Pour trouver l’origine de son mal elle est déshabillée, auscultée, manipulée comme une mécanique, jusqu’à en devenir étrangère à son propre corps. Peu à peu, son parcours médical entre en résonance avec l’histoire intime de ses ancêtres. Comme dans Lignes de failles de Nancy Huston, où un grain de beauté transmis de génération en génération trouve son origine dans un douloureux secret familial, un traumatisme ancien est secrètement porté par le corps des femmes. Le récit premier s’insère donc dans une fable généalogique et gynécologique courant sur plus d’un siècle.
À travers l’expérience médicale d’une femme de notre époque, nous allons remonter jusqu’au secret originel d’une famille.

Avec le soutien de l'ODIA Normandie

Entretien avec Thomas Germaine, comédien dans Un Corps à soi | réalisation Maryse Bunel Relikto Magazine & Agenda culturel normand

C’est avec la compagnie Rémusat que Thomas Germaine revient au Rayon Vert. Cet enfant de Saint Valery en Caux joue jeudi 5 mai 2022 dans Un Corps à soi, un travail théâtral écrit à partir d’improvisations et mis en scène par Aurélie Édeline. Comédien, metteur en scène, scénariste et réalisateur, il porte des projets artistiques forts et possède une puissance de jeu.

Est-ce que le théâtre vous a amené au cinéma ou l’inverse ?

Le théâtre et le cinéma sont arrivés en même temps. J’ai eu la chance d’être au collège Jehan Le Povremoyne avec un club de théâtre et audio-visuel, animé par trois professeurs, Sophie et Thierry Morand, Agnès Métel. J’ai des souvenirs très forts. On participait aux rencontres internationales de théâtre à Val-de-Reuil. On allait à la Comédie-Française à Paris, à Aubervilliers. J’ai vu les derniers spectacles d’Antoine Vitez. À la fin de l’année scolaire, on passait une semaine au festival d’Avignon. On partait en camping. Tous les soirs, on assistait à un spectacle dans le In, et la journée, on était dans le Off. J’ai vu Hamlet de Patrice Chéreau, Célestine avec Jeanne Moreau, Le Conte d’hiver avec Michel Piccoli. Tous ces moments sont gravés.

Que ressentiez-vous ?

Il y a déjà le fait d’aller à Paris, à la Comédie-Française. Je voyais seulement cela à la télévision. Là, nous allions dans un autre monde, dans des endroits prestigieux. Je restais fasciné par toute la machinerie et par les comédiens qui étaient devant moi en vrai.

Pourquoi vous êtes-vous inscrit dans ce club ?

C’est un peu par hasard. Mes parents terminaient leur travail tard le soir. Il fallait trouver des activités pour ne pas être seul à la maison. J’ai fait du théâtre, aussi de la musique et du sport. Ces trois enseignants m’ont donné envie de faire du théâtre. Ils avaient une grande exigence. Il y avait à la fois beaucoup de plaisir et de travail. Nous avons appris à dire et comprendre un texte, à nous tenir sur scène. Tout cela m’a ouvert et aidé pour les autres cours, les oraux. Ce club était une petite famille. C’était beau. Sophie Morand m’accompagne toujours dans mes choix. J’en ai besoin. Tous les trois restent mes guides et font partie de mon parcours. Ils étaient là à Avignon pour Henry VI et très émus. Faire du théâtre me relie à Saint Valery. Saïd-El Feliz est écrit pour les habitants. Le spectacle s’est joué pendant dix-huit ans. La dernière représentation a été donnée au Rayon Vert. J’adore y revenir travailler. J’aime le rapport entre la scène et la salle — un des meilleurs dans la région — et le sens de l’accueil. On est au bord de la mer, loin de la ville.

Le cinéma est arrivé plus tard. Votre premier film, Äland, est sorti en 2020.

Oui, il est arrivé plus tard. Je suis un passionné de cinéma. Au club, au collège, on faisait des courts métrages. Je me souviens avoir tourné une nuit à l’aérodrome, à côté de Saint Valery. À 14 ans, j’avais vu des films de Kubrick, de Kazan… Un jour, je m’étais dit que je ferai du cinéma. J’ai mis du temps parce que le théâtre a quelque chose d’artisanal. En revanche, le cinéma demande une machinerie et de l’argent. Aujourd’hui, tout a changé. Le numérique a amené une facilité. J’avais aussi besoin d’une collaboration. Je l’ai trouvée avec Julie Lerat-Gersant. J’aime créer dans l’échange.

Les plaisirs sont-ils identiques au théâtre et au cinéma ?

Ils sont complémentaires. Au théâtre, j’aime jouer. Au cinéma, j’aime jouer dans les films des autres. Je commence également à aimer écrire des scénarios. Tout dépend des sujets. Certains se prêtent davantage à l’un, d’autres ont plus de force dans le second. Au théâtre, on peut choisir plusieurs plans. Au cinéma, il y a un hyper proximité avec les acteurs mais il impose les plans. Ils restent cependant des outils avec des frontières poreuses. C’est le travail d’équipe qui m’intéresse, la création de projet et toutes les étapes de cette création.

Vous avez aussi porté trois solos, Saïd-El Feliz, Une Minute encore et Réparer Les Vivants.

Un solo amène à se confronter à soi-même et au public. Il faut tenir une heure et demie de spectacle. Cette forme fait revenir à un endroit de solitude. Ce sont des angoisses fortes. Comme avec Réparer Les Vivants. Je n’arrive pas à me dire : j’y vais tranquille. C’est une émotion physique très forte. C’est effrayant et je ne sais pas pourquoi j’y retourne quand même. Un solo reste un exercice très formateur qui exige un travail énorme. Un voyageur dit : on croit faire des voyages mais ce sont les voyages qui nous font. C’est la même chose pour le théâtre. Il me transforme. Il change mon regard sur la vie et m’aide énormément.

Vous avez aussi fait partie d’une grande aventure théâtrale avec La Piccola Familia. C’était le Henry IV de Shakespeare, mis en scène par Thomas Jolly, où vous teniez le rôle titre.

C’est une aventure extraordinaire qui a duré de 2010 à 2018. Cette pièce concentre tous mes rêves : jouer un grand rôle dans des endroits prestigieux. Elle a embarqué 40 personnes et créé une famille. Tenir 18 heures nous happait. C’était très physique. On ne se représentait cette montagne qu’il fallait gravir. Il y avait une communion, une excitation, une bienveillance et une admiration dans ce groupe.

Votre jeu passe aussi par votre corps. D’où vient cette dimension physique ?

Elle vient de ma formation à l’école de théâtre Jacques Lecoq à Paris. Le corps peut exprimer des choses. J’aime beaucoup quand il est en jeu. Mon frère est circassien. Les artistes de cirque ont une virtuosité dans le corps qui est bluffante. Ce n’est pas de la performance à tout prix. Je suis bluffé quand l’acteur donne quelque chose de lui.

Productions +

Coproduction L’Étincelle Théâtre(s) de la Ville de Rouen, Le Rayon Vert Scène conventionnée d’intérêt national Art en territoire -Saint Valery en Caux, Théâtre de La Renaissance -Mondeville, Le Tangram Scène nationale -Évreux-Louviers, Commédiamuse Espace Rotonde -Petit-Couronne La Compagnie Rémusat est conventionnée par la Ville de Rouen et soutenue par le ministère de la Culture-DRAC Normandie, la Région Normandie, le Département de Seine-Maritime.
Durée 1h45
Tarifs B

16 ans +