Photo Azawan
© Jérôme Aoustin
MUSIQUE JAZZ & CHAÂBI ALGÉRIEN
  • Fri 8 April 18h00

AZAWAN

Azawan (musique en kabyle) est le fruit d’une rencontre entre Didine, musicien chaâbi algérien, et Martin Guerpin musicien de jazz et musicologue formé en France, aux États-Unis et au Canada. En revisitant la musique des maîtres du chaâbi, ce quintette impliqué dans le jazz et les musiques du monde, met en évidence les nombreuses passerelles entre jazz et chaâbi, et propose un mélange original à égale distance du folklorisme et de la world music.

Entretien avec Martin Guerpin | réalisation Maryse Bunel Relikto Magazine & Agenda culturel normand

C’est une musique qu’il n’avait pas encore explorée. Grâce à Khiredine Kati, son ancien élève, Martin Guerpin, originaire de Saint-Riquier-és-Plains, ancien élève, lui aussi, de l’école de musique de Saint Valery en Caux, a découvert le chaâbi Ensemble, ils ont imaginé Azawan (musique en kabyle) qu’ils jouent vendredi 8 avril au Rayon Vert.

La musique, l’enseignement et la recherche : ce sont les trois chemins qui dessinent le parcours de Martin Guerpin. Pas deux sont parallèles mais tous se croisent sans cesse. L’un vient nourrir le travail et la réflexion sur les autres. Impossible pour le saxophoniste de bâtir des frontières entre les disciplines parce qu’il les envisage de la même manière.

Dans cette vie baignée de musiques, il a fallu un commencement. Ce fut la visite de l’école de musique de Saint Valery en Caux avec l’institutrice, sa maman. « J’étais en CP ou CE1. Ce moment a été mon épiphanie à moi ». Martin Guerpin, également nageur, remarque le saxophone. Plus que l’éclat de l’instrument, c’est le son qui charme son oreille. Il entame son apprentissage avec Stéphane Cros, « un super saxophoniste et un prof assez exigeant avec les enfants qui jouaient bien. Il m’a dit que je pouvais continuer et entrer au conservatoire. Il m’a même accompagné aux concours ».

Un coup de cœur pour Coltrane

Martin Guerpin trace sa route de musicien avec son saxophone. « Cet instrument ne m’a jamais déçu. J’ai eu cependant quelques doutes et des réserves à certains moments sur ma manière de jouer. Je me suis aussi demandé si j’étais fait pour cela ». Le bac en poche, il décide de faire une classe prépa littéraire, se fâche pendant un temps avec le saxophone classique et se passionne pour le jazz. Il a un coup de cœur pour John Coltrane, saxophoniste américain. « Ce n’est pas très original. Il peut émettre un souffle et cela me met par terre ». Le jazz emmène Martin Guerpin vers d’autres territoires. « Il y a tout d’abord le son, plus souple et plus fluide. On est proche de la voix. Il m’a permis aussi de découvrir une autre pratique de la musique : jouer sans partition et improviser ».

Pour trouver davantage de liberté dans le jeu ? Pas tant que cela. « Paradoxalement, on peut avoir une certaine liberté avec une partition. C’est une vision naïve de considérer l’improvisation comme une façon de jouer ce que l’on veut. Il y a une section rythmique, donc une grille harmonique à respecter. On ne peut donc pas jouer n’importe quelle note. L’improvisation suppose une interaction avec les autres. Il faut entamer un dialogue ».

Homme ouvert, l’ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris s’intéresse aux musiques du monde grâce à ses élèves étrangers. Avec Khiredine Kati, Martin Guerpin découvre le chaâbi. « En cours, il n’était pas très bon pour retranscrire une musique sur une partition. En revanche, il était très fort pour mémoriser des extraits musicaux. Lui, la musique, il l’a apprise oralement. Je lui ai demandé présenter son instrument, la mandore, et le chaâbi. J’ai été fasciné. J’ai eu le même flash quand j’ai entendu pour la première fois le saxophone ». Azawan, leur projet commun mené en quintette, rappelle les liens entre le jazz et le chaâbi à travers le répertoire des maîtres du genre et des compositions originales.

C’est de famille

Martin Guerpin est aussi enseignant et chercheur, un musicologue formé en France, aux États-Unis et au Canada, reconnu et récompensé pour ses travaux. Il y a ce plaisir de partager et de transmettre un savoir. « C’est le même que d’être sur une scène. C’est très personnel. Il y a certes une générosité mais une certaine fierté à transmettre. Je suis très heureux quand un élève vient me remercier de lui avoir appris quelque chose. Comme lorsque le public vous applaudit après un concert. Il n’y a pas plus grand plaisir de recevoir des compliments ».

La dimension pédagogique est ancrée dans la famille de Martin Guerpin. « Je suis tombé dedans. Mes quatre grands-parents étaient instituteurs. Ma mère, ma tante et mon oncle, aussi. Mon père était menuisier et est devenu enseignant en menuiserie par la suite. Ma sœur enseigne. Je n’ai jamais été conditionné. L’enseignement me plaît. C’est une vocation. Ma famille avait cette vocation, cette envie que les gamins réussissent ».

Ces inclinaisons, Martin Guerpin les a aussi en lui. Pour se préserver du temps pour la musique et les collaborations artistiques, il a choisi l’université. Ses recherches portent sur l’histoire française et européenne du jazz et des musiques populaires, sur les processus d’américanisation par les arts, et plus généralement sur les relations entre musique et identité. « Elles sont liées à ma pratique de musicien. Avec Khiredine, je suis en mode élève et chercheur. Je suis en train d’apprendre et d’étudier ».

Dans ses différents métiers, Martin Guerpin se retrouve sur cette frontière invisible et poreuse entre rigueur et lâcher prise. La musique demande une maîtrise totale, une ligne conductrice et le musicien doit pouvoir s’épanouir dans la création. Le chercheur, lui aussi, doit posséder son sujet et faire preuve de créativité dans ses questionnements. « Comme un écrivain ou un poète qui met en relation deux objets dans une métaphore ».

Productions +

Production Azawan
Durée 1H15
Tarifs B

8 ans +